Taste no waste

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Dès le plus jeune âge, on nous tire les oreilles quand on ne termine pas notre assiette: "Ah non, pas de gaspillage!". Nous avons grandi avec cette phrase en fin de repas. Et aussi : "Termine ton assiette, il y a des petits Africains qui meurent de faim!", qui témoigne d'un rapport à l'Afrique discutable mais ce n'est pas ici le débat. Cette remarque suscite tout de même deux questions : Et c'est pour ça que je dois trop manger? Les Africains sont-ils petits?

Il est vrai que nos parents auraient pu se dire que nos assiettes étaient peut-être trop grandes pour nos appétits. D'ailleurs, la taille de l'assiette influence la quantité que l’on se sert. Afin de réduire le gaspillage, des cantines d’école mettent à disposition des assiettes plus petites en permettant de revenir se servir. Plusieurs initiatives préventives tendent à réduire le gaspillage alimentaire.

Maintenant adultes, nos frigos regorgent de denrées qui semblent périr trop vite et les sacs poubelles se remplissent rapidement. Souvent, on achète trop, on cuisine trop et le surplus se retrouve à la poubelle. Et même pour les plus attentifs, les épluchures d'oignons et autres légumes vont dans le sac orange. Il y a pourtant le compostage. Mais si celui-ci semble facile en jardin, il paraît plus compliqué sur un balcon ou en intérieur. L’asbl Worms propose des formations, il n’y a plus qu’à se lancer!

Les quantités d'achat, les invendus et les déchets sont des problématiques que nous tentons de solutionner au restaurant. Nous avons opté pour trois angles d'attaque. La prévention en proposant des quantités journalières limitées. Les doggy bags “Rest-O-pack” que vous pouvez demander même si vous n'avez pas de chien à la maison;) Et enfin, la récupération en travaillant avec Too Good To Go. Les vendredis, il est possible de commander des paniers des invendus via cette application. Vous amenez vos propres récipients et repartez avec un dîner à tout petit prix. Et, nous, on se sent tellement soulagés de ne pas jeter!

Les légumes sur le point de flétrir sont mis en bocaux et hop on les fermente. Le vin naturel qui a trop vite tourné va dans le vinaigrier et la menthe brunie est mixée en pesto ou aromatise un sirop. En ce moment, on élabore des recettes de pudding et de riz au lait qui seront faits avec le riz et le pain de la veille. Verdict en 2019 !

Restent les déchets, pour lesquels on tâtonne encore un peu. C'est un de nos objectifs et dans cette optique, j'ai participé à un atelier participatif organisé par l'opération Phosphore.  

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Quel sera la gestion des biodéchets en 2025? Voilà la question posée par l'Opération Phosphore, projet de trois ans, qui s'évertue à développer des scénarios convaincants à présenter à nos politiciens. Par des ateliers (avec citoyens, entreprises, écoles, restaurateurs, épiciers), Phosphore tente, via un brassage d'idées, de trouver des réponses alternatives à la collecte des gros groupes tels que Bruxelles Propreté ou Suez.

Super projet que l'opération Phosphore. Des solutions réalistes, un objectif positif et collectif. Et comme la collectivité est la clé d'un système soutenable, on aime ça! La mutualisation pourrait s'appliquer à la gestion des achats, des déchets. Si Carrefour s'associe au groupe Provera (Delhaize, Match, Cora) pour élargir leur offre et acheter moins cher, pourquoi les petites initiatives (restaurants, épiceries) ne pourraient envisager une association?

En 2025, le tri des déchets organiques sera obligatoire. Et comment s'y prendra-t-on? Les sacs orange, odorants en été, attirent les mouches. Et puis quand on croit bien faire, on apprend que ce n'est pas seulement leur contenu qui est méthanisé, mais on y met aussi le sac en... plastique. En plus des 130km de trajet jusqu'à l'usine de Ypres (trajet du retour effectué à vide), du plastique se retrouve dans la terre... Notre geste écologique bat de l'aile. Et puis, jeter les bio-déchets dans un sac en plastique, ça perd un peu de son sens, non ? Il existe pourtant des poubelles oranges que vous pouvez demander à la commune. Mais le sac doit être placé dans la poubelle… Je n'appellerai pas cela fermer la boucle. Le circuit pourrait être plus propre.

2025, nous le voyons collectif! Que ce soit dans la mutualisation des achats, dans la gestion des déchets ("bulles" à compost). Les bio-déchets seront traités en ville comme c'était le cas avec la ferme des boues. Les citoyens (acheteurs, restaurateurs) seront conscientisés. Les déchets ne seront plus seulement de la matière odorante en décomposition qu'une grosse entreprise vient vite évacuer. J’espère qu'on y verra un cycle, une matière pouvant devenir fertile. J’espère aussi que le broyage de tonnes de légumes pour cause de laideur n'aura plus lieu. Les légumes "moches" auront la cote !

Des initiatives vont germer pour finir par fleurir. Tout comme le Compost Day qui désacralise cette pratique oubliée en ville ou encore l'épicerie Roots qui propose un point de dépôt des déchets en face de son magasin. Ca bouge ! La ville évolue.

“La vraie question n'est pas faut-il vivre pour la ville ou contre la ville? Mais plutôt comment faire vivre la ville pour vivre mieux?”

Bonne réflexion !

Sophie

 

 

sophie courouble