TIME'S UP

Le temps, ce coureur invincible, nous devance trop souvent. Et à force, il finit par nous manquer. Il est tellement précieux que je prends le temps de vous en parler. Pour vous en dire plus sur le temps qu'on prend pour vous préparer nos petits plats, sur le temps que vous passez chez nous ou encore sur le temps qu'on a pris pour aller manger chez... GRAMM.

Je commencerai d'ailleurs par cette adresse de la rue de Flandre, que je recommande vivement! GRAMM pour grammaire, car pour donner un sens à une phrase, la place et le choix des mots sont nécessaires. C'est de cette manière que le chef compose ses plats et leur succession, nous explique-t-il d'une façon assurée et poétique. Un accord sémantique où chaque ingrédient fait sens. Des saveurs soutenues qui, en bouche, ne s'écrasent pas les unes après les autres. La soirée se révèle être une histoire qui découle des plats qui nous sont servis.  Installés près de la cuisine, on a vue sur l'équipe qui s'applique dans une ambiance décontractée. Erwan vient leur dire que la table 6 les remercie. Un chef valorisant, comme on les aime! On y retournera pour l'accueil relax, l'intérieur à la lumière tamisée qui contraste avec le néon en vitrine et le menu qui change toutes les deux semaines, bien sûr!

Revenons à notre cuisine.  Notre quotidien programmé pour vous accueillir m'a donné l'envie de partager avec vous l'envers du décor. Quand nous travaillions comme architecte et juriste (enfin nous travaillons encore;)), nous allions aussi manger à l'extérieur. Cyprien près du WTC et moi, plus chanceuse, à Flagey. Nous avons maintenant la chance de voir l'autre côté, de partager un moment particulier. Une pause, courte, parfois un répit. Pour cette raison, on propose des plats légers (pour éviter le nez qui pique en réunion) et savoureux (pour une pause réconfortante). Mais avant que les premiers clients n'arrivent, on se bouscule dans notre petite cuisine ouverte!

11:15 : toutes les minuteries semblent sonner en même temps. Le poulet est prêt, le porc est à effilocher, les pains doivent être dorés au four. La cuisine étroite se transforme en scène de ballet.

11:30 : on s'active pour que tout soit rangé et prêt pour le service.

11:45: lever de rideau. Chaque jour, nous ressentons cette sensation agréable (mais qui fait picoter le bas du ventre) d'un nouveau service. Une expérience connue mais qui chaque fois diffère.

12:00: Cyprien se prépare un espresso et s'impatiente derrière le comptoir;) Ce bon vieux trac...

Et puis...

...de 12:30 à 14:00, défilent des visages connus ou nouveaux. Et la salle, qui était alors vide, bat son plein. Le bruit des conversations emplit l'espace, on n'entend plus la musique et on baisse le volume (l'acoustique sera bientôt améliorée, c'est promis!).

On sort les plats rapidement parce que les clients, même s'ils ne sont pas pressés, sont en heure de table. Le temps est compté, une heure (voire moins) pour manger. Dans un fast-food, ça prendrait quinze minutes tout au plus. Chez nous, le rythme n'est pas slow-food non plus. Mais la slow-food serait-elle réservée à la soirée? Notre intérêt pour rejoindre l’association slowfood croît fortement et on en fera un objectif 2019. Parce que prendre le temps de manger est devenu parfois compliqué.

16.JPG

Qui n'est pas fatigué après une journée de travail, les courses de dernière minute ? Pendant lesquelles, se défaire du trio viande-féculent-légumes demande inventivité et ténacité. Vient ensuite, le moment de cuisiner et on veut que ça aille vite. On succomberait vite à l'envie d'appeler Deliveroo, d'ouvrir un plat tout fait, d'acheter des salades prélavées emballées ou des carottes déjà râpées. Mais bon, on n'est ni pour la politique de Deliveroo ni pour le rinçage industriel (énergivore et contenant du chlore, yummy...) des salades. Ce qui nous empêche pas de craquer parfois à la maison;)

Après quelques cafés de Mamé Noka Coffee (avec qui on collabore pour son rapport direct aux producteurs et sa torréfaction), l'horloge indique 14:00. Les chaises se vident et tous retrouvent le chemin du bureau. On se sentira abandonnés et tout cela paraîtra avoir été rêvé. 

14:30 : Sophie plonge les bras dans l'eau... de l'évier (ce n'est pas anti-féministe, je vous rassure;))

16:30 : la cuisine est rangée, le porc est dans le four pour la nuit, le volet est baissé.

Une autre journée peut commencer dans la petite vie de Mile End. Mais avant tout, nous attendent la soirée, l'apéro en terrasse, le BBQ dans le jardin, le spag bolo du mardi. Un moment en famille, entre amis. Un temps de partage.

Alors prenez le temps de cuisiner, d'éplucher, de râper, de manger, de déguster, de fermenter et, bien sûr, de venir nous voir;)

IMG_9659.JPG
sophie courouble